17 Oct, 2016

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“La bienveillance à l’école. Pourquoi ? Comment ?”

“La bienveillance à l’école. Pourquoi ? Comment ?”

Conférence dans le cadre des mardis de l’atelier Canopé.     Mardi 11 octobre 2016

Par Inès AARON, psychologue scolaire et membre de l’Afdet
(Association française pour le développement de l’éducation thérapeutique)

La bienveillance : qu’est-ce que c’est ? Définition donnée par les dictionnaires « disposition d’esprit, inclination à la compréhension : capacité à se montrer indulgent, attentionné envers autrui. »
Pourquoi parler de bienveillance à l’école ? C’est le grand mot depuis 5 ans environ. Certains par conviction personnelle ou humanisme (envie d’être au service de l’autre) ou par pragmatisme (parce que cela fonctionne). Parallélisme établi avec le domaine de la santé : « Quand le médecin est bienveillant cela fait du bien au patient. Ainsi, un médicament donné par un médecin bienveillant aura un effet plus positif sur le patient qu’un médicament donné par un médecin peu attentionné ».

On a tous une représentation personnelle de ce qu’est l’école, de ce qu’est une bonne école. Par rapport à notre vécu et à notre sensibilité. On peut se sentir malheureux quand la réalité et la représentation ne sont plus en adéquation.
En 1950 : « une école pour tous ». Seuls, les meilleurs étaient poussés le plus loin possible dans les études. Les autres, peu diplômés ou pas diplômés trouvaient cependant un travail grâce à un environnement économique favorable. Aujourd’hui, les mutations sociétales et culturelles ont bouleversé la donne. Les relations professeur/ élève et professeur/ parents ont changé. L’autorité des parents et du maitre envers l’enfant est bousculée. Autrefois l’enseignant possédait tout pouvoir et autorité sur l’élève. Aujourd’hui, si l’élève a de mauvais résultats, les parents demandent des comptes à l’enseignant.
Autre élément à prendre en compte : 150 milles élèves dans le supérieur en 1950 pour 2 millions 500 en 2014.

Comment ça se passe ailleurs ?
On compare souvent notre système éducatif avec le système éducatif nordique or celui-ci ne serait pas adaptable en France, aujourd’hui. Cela en raison de trop nombreux paramètres différents : le budget de l’Éducation Nationale, le salaire des professeurs, l’immigration… En France, la discipline est le maitre mot or l’Allemagne et l’Angleterre avec des exigences différentes et plus de libertés, obtiennent d’excellents résultats et surtout forment des citoyens plus respectueux et disciplinés. Cela pose question…Pourrait-on faire autrement ?

Astuce inspirante: « 3 stars and a wish”: en Angleterre, le professeur ne peut pas émettre un souhait (« critique”) s’il n’a pas au préalable, relevé 3 éléments positifs dans la copie !
On s’aperçoit que la bienveillance auprès des élèves nécessite la pose d’un cadre.

Quels sont les facteurs qui favorisent la réussite scolaire ?
Brainstorming entre les participants et partage de réflexions :
Bon climat dans la classe et dans l’école. Valorisation, responsabilisation de l’élève. Plaisir et envie d’apprendre : motivation. Environnement social et culturel de la famille. Santé de l’enfant. Prendre l’élève dans sa différence (intelligence, troubles, handicap..). Idée de projet (orientation). Estime de soi.

Il apparait à travers ce brainstorming, que les enseignants se mettent beaucoup de pression sur les épaules. En effet, pour eux, tous les élèves sont égaux et ils se remettent en question si cela ne fonctionne pas pour certains. « Nous sommes prisonniers de ce que l’on pense qui a marché, avant. »

Être bienveillants mais avec qui ?
Il n’est pas possible d’être bienveillant avec les autres si l’on ne commence pas par l’être déjà envers nous-même. Il nous a souvent été dit que pour être un bon enseignant, il ne fallait pas rentrer dans l’affect. Or c’est un apriori car l’apprentissage est corrélé avec les émotions. Il faut savoir accueillir nos émotions et reconnaitre que nous ne sommes ni parfaits, ni des robots dépourvus d’affect. Il est nécessaire aussi de se questionner sur nos pratiques. Quand il n’y a plus de questionnement, il n’y a plus de bienveillance envers nous-même.

bienveillance-3Relation affect/ apprentissages :
Ainsi, ce serait une erreur de séparer les apprentissages de l’affect. Les émotions positives favorisent la motivation alors que les émotions négatives la freinent. Les processus émotionnels et cognitifs sont intimement liés tout au long de la scolarité : au début, les élèves veulent faire plaisir à leurs parents, aux enseignants puis bien plus tard, ils travaillent pour eux-mêmes.
Les élèves nous aiment ou nous détestent, ce qui revient au même. Nous ne leur sommes pas indifférents ! Aujourd’hui, pour faire progresser l’élève, il faut absolument être en relation avec sa famille .Or, l’équipe éducative n’a pas appris à parler et à écouter les parents. Ne se sentant pas toujours reconnu dans son autorité, l’enseignant a parfois l’impression qu’il est personnellement attaqué et ses méthodes remises en questions…
Les obstacles à la bienveillance :
• Les injonctions paradoxales envoyées par l’institution : « Différenciez mais respectez les programmes ! »
• Notre contrainte de perfection (Les règles rigides que l’on s’implique et qui contribuent à nous rendre malheureux.)
• L’obligation de moyen / Obligation de résultat

bienveillance-4Nous nous mettons dans l’obligation de résultat : emmener tous les élèves de la classe vers la Réussite or cela n’est pas possible. Nous devrions nous situer dans la partie « obligation de moyen » car notre objectif est de les emmener le plus loin possible dans leurs apprentissages en favorisant le plus possible leur épanouissement.

Être bienveillant : comment ?
Selon l’adage : ” On n’est pas responsable du projectile que l’on reçoit mais on est responsable de ce que l’on en fait », il est intéressant de prendre conscience qu’il existe,” deux personnes au bout de la relation”  comme une corde dont chacun tiendrait un bout. (cf. Jacques Salomé, psychosociologue).
Ainsi, Il existe diverses méthodes de communication favorisant la bienveillance :
– L’écoute active
– La reformulation
– Les questions ouvertes
– La communication non violente
Lors de la rencontre avec les parents « un entretien motivationnel » permet un réel dialogue avec les parents : Il s’agit de poser des questions avec intérêt en résumant ce que la personne vient de dire avant de poser la question suivante.
– Que pouvez-vous me dire de ce qu’il se passe pour votre enfant à l’école ?
– En quoi cela ressemble-t-il à ce que vous vivez avec lui, connaissez de lui à la maison ?
– Comment l’expliquez-vous ? Que pourriez-vous nous apprendre de lui ?
– Comment pensez-vous que nous pourrions l’aider ?
– Par quoi pouvons-nous commencer ?
Cette façon d’ouvrir le dialogue permet un réel engagement de la famille. Alors que les conseils n’engagent que le donneur de conseils. Cette méthode permet de basculer de l’intention à l’action et de construire ensemble de façon plus apaisante et rassurante.

Propos recueillis par Bénédicte Villaume
Professeur documentaliste à l’institut saint Thomas de Villeneuve 92370 Chaville

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